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A.     Les toiles tissées

1.       Descriptif d'un tissu

Une toile est constituée d'un assemblage croisé de fils longitudinaux, la chaîne, et de fils transversaux, la trame.

Les deux éléments principaux de la construction de la toile sont le nombre par unité de largeur et le diamètre du fil.

Ils déterminent deux caractéristiques importantes :

  • le poids, exprimé en grammes par mètre carré ou en ounces (oz) américaines ou anglaises.
  • le facteur de couverture, c'est à dire le produit du diamètre du fil par le nombre par unité de largeur  (plus le facteur de couverture est faible, moins le tissage est serré).

2.       Les fils 

Dans les toiles tissées, les fils les plus couramment utilisés sont le polyester, obtenu par la synthèse en chaîne de deux composants issus de l'industrie du pétrole, et le polyamide (utilisé pour les tissus de spinnakers) dérivé quant à lui de la houille.

Le polymère en grains est porté à son point de fusion entre 260 °C et 290 °C, puis extrudé à très grande vitesse (1 km/min) à travers une filière comportant de nombreux orifices fins et calibrés. Au sortir de la filière, les filaments sont refroidis à l'air et étirés jusqu'à quatre ou cinq fois leur longueur pour en orienter la structure micro-cristalline et leur conférer ainsi les caractéristiques mécaniques souhaitées. Les filaments sont ensuite soumis aux opérations de moulinage, encollage et mise sur support.

Le nombre de trous que comporte la filière détermine le titre, c'est à dire le nombre filaments composant le fil.

Le titre est exprimé selon deux unités :

  • le dernier : poids en grammes pour   9 000 m de fil
  • le décitex : poids en grammes pour 10 000 m de fil

Les titres utilisés pour les toiles à voile peuvent aller de 60 à 1000 deniers, mais sont plus  généralement de 125 à 750 deniers pour le polyester (Dacron®) et de 30 à 50 deniers pour le polyamide (Nylon®).

D'autre fibres rentrent également dans la composition de certaines toiles tissées afin d'en augmenter les caractéristiques mécaniques.

3.       Le tissage

En fonction du grammage recherché et des caractéristiques de la toile, les fils sont tissés sur des métiers en appliquant, si besoin au fil une torsion.

La tendance actuelle est d'avoir un nombre de fils fins le plus élevé possible pour obtenir un facteur de couverture maximum par un tissage très serré.

L'augmentation du facteur de couverture est un point important dans la construction des toiles car il permet d'obtenir une plus grande stabilité de forme et des caractéristiques plus élevées.

4.       La finition

La toile brute est lessivée pour la nettoyer et éventuellement débarrasser le fil de son encollage (désensimage). Suivent les opérations d'imprégnation ou d'enduction à base de résine et traitement ultraviolet.

L'imprégnation s'effectue à cour par passage dans un bain de résine généralement mélamine/formol ou polyuréthane et essorage avant calandrage.

Il existe différentes qualités de résines permettant d'obtenir des voiles plus ou moins bloquées dans le biais mais de moins en moins souples, par exemple chez Dimension Polyant, des qualités FT à MT puis HMT, chez BAINBRIDGE on parlera de Yarn tempered pour les finitions apprêtées, chez CONTENDER on distingue le Polykote apprêté et le Polypreg en finition plus souple.  

L'imprégnation est destinée à boucher les pores du tissu pour en améliorer la stabilité et diminuer la porosité.

5.       Teinture 

La teinture est faite grâce à l'imprégnation par des résines colorées. De la qualité de ces résines et des colorants dépendent la durée de la teinture.

Le polyester reste de toute façon très difficile à teindre mais le Nylon®, destiné au spinnakers est proposé dans une grande gamme de couleurs

B.    Composite

Les composites sont des complexages des fibres avec un ou plusieurs films polyester.

1.       Rétrospective 

Dès 1960 des essais été tentés pour réaliser des voiles, en particulier des spinnakers entièrement en film plastique. Les buts étaient alors essentiellement la réduction de la porosité et du poids.

Les premiers films employés présentaient une très faible résistance à la déchirure. De tous ceux essayés (PVC, Polyéthylène,.), le plus prometteur semblait être un film de polyester de la famille des PET, le Mylar®, inventé dans les laboratoires Dupont de Nemours aux Etats Unis, en 1940 et commercialisé en 1952.

Vers la fin des années soixante-dix l'idée est venue aux Américains, dans le cadre de recherches pour l'équipement des 12 m de la Coupe de l'América, d'associer la résistance au déchirement d'un tissu avec la stabilité dimensionnelle du Mylar® améliorant les caractéristiques dans le biais.

Les premiers composites ou complexes mis au point par LAMPORT et NORTH en 1977, puis par HOWE et BAINBRIDGE en 1979, étaient constitués d'un sandwich comportant comme âme un tissu de Dacron® collé entre deux feuilles de Mylar®.

Le poids total de 85 à 125 g/m² comprenait 12 à 50 % de Mylar®.

A l'époque, le principal obstacle était constitué par la colle servant à l'assemblage qui représentait une part trop élevée du poids total et surtout n'assurait pas une tenue suffisante, entraînant des délaminages dès le moindre fasseyage.

Les progrès sont venus en 1979 avec la mise au point d'une nouvelle colle qui a permis de résoudre cette difficulté.

Parallèlement, la résistance au déchirement était améliorée.  

Les fabricants se sont alors tournés vers une composition comportant une seule feuille de Mylar® collée à un tissu, d'abord en Nylon® puis en Dacron®.

Du fait de la dissymétrie de leur structure, ces premières formules avaient l'inconvénient de se bomber dans le sens transversal, c'est pourquoi on alternait les laizes.

Une troisième génération de composites a vu le jour à l'occasion des épreuves de la Coupe de l'América de 1981 avec des fibres de Kevlar® à la place du Dacron®.

Aujourd'hui les composites utilisent de nombreuses fibres, dans toutes sortes de compositions.

2.       Types de complexes 

On peut distinguer deux grandes familles selon que le film polyester constitue l'âme ou les peaux du sandwich ainsi formé, même si certains composites ne comportent qu'un film et un tissu ou grille.

Dans le premier cas l'âme est le plus souvent une grille constituée de fils plats ou de nappes de fibres dans tous les grammages et toutes les variétés au choix (Kevlar®, Spectra®, Dacron®, PBO .) orientés en chaîne, en trame ou en diagonale, le tout collé sur un ou entre deux films polyester.

Les fils n'étant plus croisés, on peut exploiter les pleines caractéristiques des fibres dès leur mises sous tension, le ou les film(s) assurant une tenue dans le biais.

Par ailleurs, en faisant varier la composition de la grille en chaîne et en trame, il est possible d'obtenir toutes les caractéristiques de résistance et d'allongement dans la direction désirée et de s'adapter ainsi au mieux à l'orientation des efforts dans la voile. 

Il est certain que les voiles réalisées dans ces composites, par le coût de la matière et de la complexité de leur fabrication, seront plus réservées à la compétition où toutes les expériences sont possibles.

D'autre part, la raideur de ces composites comparée à celle d'un tissu en Dacron® et les précautions d'emploi nécessaires, les excluent d'une utilisation en croisière.

Le second type de composite utilise le film polyester comme âme.

Associé ou non à une grille, il est collé entre deux toiles de taffetas de Dacron®, Spectra® ou toute autre fibre ayant, en plus de ses caractéristiques mécaniques, une bonne résistance aux ultra-violets, à l'abrasion et au pliage.

Ces sandwiches offrent une plus grande souplesse que les composites du premier type et conviennent aux voiles de croisières.

Le principal avantage des composites est de permettre de couvrir une plages de force de vent beaucoup plus large tout en permettant un gain de poids de 20 à 30%.

Ainsi une voile en composite de 185 g/m² remplaçant un tissu classique

de 255 g/m² peut être utilisée par des vents apparents de 7 à 20 nouds sur un voilier de 12 m.

En revanche, ils ne tolèrent aucun dépassement de la limite élastique sous peine d'être définitivement mis hors d'usage. 

3.       Les fibres

Le Polyester :

 

 

 

 

 

 

Le polyester est en fait un polyéthylène téréphtalate (PET), produit dérivé du pétrole. Ce polymère découvert en 1947 par deux chimistes anglais, WHINFIELD et DICKSON, est immédiatement développé en Angleterre par l'Impérial Chemical Industry (I.C.I.) sous le nom de Terylène®, et aux U.S.A. par Dupont de Nemours sous le nom de Dacron® à partir de 1953.

De nombreuses licences ont été prises par différents pays et c'est ainsi qu'en 1954, la Rhodiacéta produit le Tergal®, puis le Japon le Tétoron®, l'Italie le Térital®, l'Allemagne le Trevira®, l'URSS le Lavsan®, ...

Le polyester dont les propriétés mécaniques dépendent de la ténacité, est unanimement reconnu pour sa bonne résistance à la flexion et son faible coût.

Cette fibre s'est largement répandue et est devenue la fibre classique utilisée en voilerie. Lorsqu'elle est tissée suffisamment serrée, elle forme un tissu stable et résistant.

Dupont de Nemours a développé une large gamme dont une variété à fibre de haute ténacité qui s'allonge peu comparée aux autres Dacron®.

Hoechst Trevira a également développé une nouvelle variété de polyester (polymère à cristaux liquides) sous la marque Vectran®, cette fibre a des caractéristiques mécaniques proche de celles du Kevlar.

Le Polyamide :

 

 

 

 

Cette fibre plus connue sous ce nom commercial de Nylon® a été découverte par un chimiste américain de la société Dupont de Nemours, W. H. CAROTHERS.

Le premier fil de Nylon® a été produit en France, sous licence, par la Rhodiacéta en 1941, puis produit à l'échelon industriel dès 1944.

Le Nylon®, possède la particularité d'être l'une des fibres textiles les plus élastiques, ce qui permet d'absorber les pics de charges.

De ténacité variable selon le traitement, cette fibre allie  légèreté et grande résistance à la rupture ; c'est pourquoi elle est très utilisée pour la fabrication de tissus pour spinnakers.

Les Aramides :

 

 

 

 

Les aramides sont utilisés dans la fabrication de laminés haute performance. Parmi eux, le Kevlar® de Dupont de Nemours et le Twaron® de la société allemande Akzo offrent d'excellentes propriétés mécaniques : excellentes résistance en traction et à l'élongation.

Cependant ces fibres sont plus sensibles aux ultraviolets et résistent moins bien aux pliages à répétitions et  aux mauvais traitements auxquels les voiles sont soumises.

Dans cette même famille, on trouve le Technora® de Teijin.

Le Polyéthylène :

 

 

 

Le polyéthylène destiné à fabriquer des fibres est l'UHMWPE (ultra high molecular polyethylene).

Ces fibres hautes performances sont plus connues sous le nom de Spectra® de Allied Signal ou de son homologue européen Dyneema® de Dsm.

De couleur blanche et d'aspect brillant, cette fibre peut être laminée ou tissée. Elle présente d'excellentes propriétés mécaniques.

Ses principales caractéristiques sont : une très bonne résistance à la rupture, pas de perte due à la flexion et une bonne tenue aux ultraviolets.

Le seul inconvénient est le fluage, c'est à dire l'élongation sous charge constante puisque la perte est de 30 à 40 % par rapport à un aramide.  

Le Carbone :

Cette fibre très haute performance, possède des qualités exceptionnelles.

Son très haut module d'Young lui confère d'excellentes propriétés mécaniques notamment dans sa résistance à l'élongation.  A la différence des autres fibres, elle ne se dégrade pas aux UV.

Elle a été utilisée, il y a quelques années en avant-première lors de l'America's Cup pour fabriquer des laminés, légers et très résistants, mais également très chers. Récemment, le champ d'utilisation de la fibre de carbone s'est élargi ; elle a notamment été associée à des fibres d'aramides dans des voiles de croisières hautes performances .

DELTA voiles les utilise assez régulièrement sur des applications haute performance comme les Mumm 30.  La parfaite tenue aux UV de ces tissus leur donne de bonnes caractéristiques de vieillissement  intéressantes sur des projets comme un programme Tour de France à la voile par exemple.

Le Phénylène Benzobisoxazok (PBO) :

Cette fibre a été à l'origine développée par Dow Chemical, mais ce producteur s'étant retiré du marché de la fibre, elle est désormais la propriété d'un grand fabricant de fibre japonais Toyoba et commercialisée sous le nom de Zylon®.

le PBOA poids comparable, cette fibre présente des qualités de résistance à l'élongation et de solidité comparables à des carbones très exotiques. Elle se trouve donc au sommet de la pyramide des fibres hautes performances mais sa durée de vie est abaissée par sa sensibilité à la flexion et aux ultraviolets.

Le PBO a été, dès 1997,  associé à des fibres d'aramide haut module, pour fabriquer des voiles en laminés pour des bateaux engagés dans la Whitbread.

La combinaison de ces fibres a grandement amélioré les performances de ces voiles qui, pour une durabilité équivalente, se sont avérées plus légères que les voiles uniquement composées de fibres d'aramide.

Le Polyéthylène Naphtalate (PEN) :

 

 

 

 

 

 

Le PEN est un polyester dont la température de transition vitreuse (température à laquelle s'effectuent des changements importants de vitesse des mouvements moléculaires dans les matériaux amorphes) est plus haute que le polyéthylène téréphtalate (PET).

Cette fibre, au haut module d'Young, s'allonge moins que la fibre de PET.

Allied Signal fabrique cette fibre sous le nom commercial de Pentex®.

Elle est aussi bien utilisée dans le domaine du laminé que dans celui du tissé.

Sous forme tissée, l'utilisation du PEN permet de fabriquer des tissus ayant un allongement moindre comparés à des tissus en polyester comme le Dacron®. Cependant il nécessite une imprégnation de résine plus importante  pour lui assurer sa stabilité.

Dans les laminés, cette stabilité vient de l'assemblage des différents composants et le PEN semble bien adapté à ce complexage.

Cette fibre se situe, du point de vue des performances, entre le polyester et les aramides, pour un coût légèrement plus élevé que le polyester.

Le PEN est donc une fibre destinée aux voiles de petits bateaux de régate ou monotypes qui souhaitent de meilleures performances qu'avec le polyester mais ne peuvent utiliser les aramides pour des raisons de coût ou de jauge.

Actuellement les voiles réalisées pour le monotype FIGARO 2 sont toutes réalisées dans ce type de tissu, par DELTA voiles et par l'ensemble des voileries concernées.

4.       Les films

Lle plus utilisé dans les complexages est un film polyester téréphtalate (PET) plus connu sous le nom commercial de Mylar® inventé en 1940 par les laboratoires Dupont de Nemours et produit industriellement dès 1952.

Ce film est également fabriqué sous licence dans d'autres pays sous différentes marques telles que le Terphane® de Toray Plastics en France,  Melinex® de Impérial Chemical Industry au Royaume-Uni, Hostaphan®  de Mitsubishi en Allemagne, .

Ce film suit, à partir du même polymère, un processus de fabrication identique à celui du fil de polyester. Le film sort d'une filière formée non plus de trous mais d'une mince fente, puis est étiré jusqu'à deux à trois fois sa cote initiale selon la longueur et la largeur.

Ce film transparent possède des propriétés physiques, mécaniques, chimiques très intéressantes et se prête ainsi à un grand nombre d'applications industrielles notamment dans l'emballage.

Il se présente sous deux formulations :

L'une équilibrée où le film PET est mécaniquement isotrope, c'est à dire que ses propriétés sont les même dans toutes les directions, ce qui lui confère une bonne stabilité dimensionnelle..

L'autre déséquilibrée où les caractéristiques varient selon les direction du film. La résistance à l'allongement et à la rupture, pour un film de 50 µm d'épaisseur, sont respectivement de 200 MPa et 190 % dans le sens de laminage machine et 290 MPa et 90 % dans le sens transversal.

Avec un module d'Young qui se situe entre 3700 et 5000 MPa selon le type, le film s'avère relativement résistant compte tenu de sa densité qui se situe entre 1,38 et 1,4. Les épaisseurs couramment utilisées vont de 1 à 22 mils (0,025 à 0,05 mm).

En ce qui concerne ses propriétés thermiques, la température d'utilisation s'étend de -60 °C à 150 °C tout en gardant toujours sa souplesse et son point de fusion se situe à environ 260 °C.

Le film PET possède également d'excellentes propriétés électriques ; isolant électrique, il est notamment utilisé pour les condensateurs, moteurs et câbles.

Inerte à l'eau et résistant bien aux vapeurs d'eau, il est, par ailleurs doté d'une résistance totale à de nombreux solvants ce qui lui confère de bonnes propriétés chimiques.

 

 
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